Small llp regime urbain

Pour cela, il convenait naturellement de s'intéresser en priorité au problème des flux migratoires. L'importance des mouvements migratoires dans la formation des populations urbaines au XVIIIe siècle n'est plus à démontrer. En Dauphiné, où les soldes naturels des campagnes étaient supérieurs à ceux des milieux citadins, et où l'essor démographique du monde rural l'emporta au XVIIIe siècle sur celui du monde urbain, tous les bourgs et les villes trouvèrent dans l'immigration les hommes et les femmes nécessaires au renouvellement, a fortiori à la croissance de leur population.

A travers l'analyse des actes de mariages et registres de décès des hôpitaux, la constante mobilité de la population apparaît comme un fait d'évidence. Au mariage, le phénomène était particulièrement massif pour les hommes, quelles que soient les localités ou les périodes concernées. Ils étaient majoritaires quatre fois à la fin du siècle dans deux villes importantes Grenoble et Montélimarainsi.

La moindre mobilité des femmes, tout comme l'habitude de célébrer les mariages dans leurs paroisses d'origine expliquent les taux plus bas enregistrés à leur sujet. Mais les non-natives étaient néanmoins nombreuses, et leur place évolue de manière parallèle à celle des hommes. Elles ne dépassaient ce taux qu'à Grenoble pour les deux périodes étudiées, ainsi qu'à Montélimar et Valence pour la décennie Mais enleur place avait augmenté de manière significative. Les registres des hôpitaux ne présentent pas partout la même homogénéité.

L'écart avec les natifs ne fît que se creuser. Minoritaires jusqu'au milieu du siècle, les femmes non-natives l'emportèrent constamment par la suite. L'évolution est moins nette dans les autres hôpitaux. A Grenoble, l'augmentation de la proportion des migrants parmi les décès hospitaliers, significative pour les femmes, fut plus modeste pour les hommes, tandis qu'à Embrun ou Montélimar, la perspective trop courte ne permet pas véritablement de conclure.

Il reste néanmoins que, dans tous les cas, les migrants paraissent bien avoir été partout de plus en plus nombreux dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Comme pour les actes de mariage, c'est dans la dernière décennie de l'Ancien Régime que la proportion des non-actifs fut la plus élevée dans les populations hospitalières.

Partout la très large domination des migrations de proximité était cependant la règle. Plus d'une fois sur deux, quelle que soit la taille des cités, quelle que soit leur localisation géographique, c'est d'un espace proche moins de 20 kilomètres que venaient les non-citadins d'origine.

Entre les comportements masculins et féminins, les écarts étaient certes comme partout sensibles. Près de trois fois sur quatre, les femmes avaient fait moins de 20 à 25 km pour se marier en ville. Les hommes au contraire étaient un peu moins nombreux à venir de cet espace proche. Mais en définitive, les écarts n'étaient nullement considérables. S'ils atteignaient parfois jusqu'à 20 ou 30 points à Briançoncela restait exceptionnel, et ce n'est qu'au cours du XVIIIe siècle que ces écarts s'accusèrent dans les villes importantes.

A l'inverse, ils n'étaient parfois qu'insignifiants, voire en certains cas négatifs dans certains bourgs La Côte-Saint-André, La Mure, Tullins où les hommes étaient relativement plus nombreux que les femmes à venir de moins de 20 km pour se marier. L'espace de recrutement s'élargissait certes pour une minorité de nouveaux citadins, mais jamais dans des proportions considérables. L'immigration véritablement lointaine était quant à elle l'exception.

Au-delà de 50 km, les apports devenaient rares. Là se situait la véritable rupture entre les migrations masculines et féminines. Dans tous les cas cependant, et même pour ces villes, les apports les plus lointains ne dépassait qu'exceptionnellement, hormis pour les militaires, les limites de la province ou ses marges frontalières. Vienne, Valence et Montélimar, quant à elles, puisaient essentiellement, en dehors du Dauphiné, dans les provinces riveraines proches, le Lyonnais, le Forez, le Vivarais et, au sud, le Comtat et une partie de la Provence.

Ce caractère massivement dominant des migrations de proximité renvoyait avant toute chose à la très médiocre dimension démographique du tissu urbain.

Même au sommet de la hiérarchie provinciale, le décalage était très sensible avec la puissante voisine lyonnaise. Dans la capitale rhodanienne, près de la moitié des nouveaux habitants avaient fait plus de 50 km pour venir se marier A Grenoble, de loin la plus grande ville du Dauphiné, c'est dans un rayon de 20 km que se recrutait une proportion comparable de nouveaux mariés et c'est moins d'un homme sur quatre, d'une femme sur dix qui venaient de plus de 50 km.

A plus forte raison, en allait-il de même pour les autres cités dauphinoises beaucoup moins peuplées. Au-dessus de 3 habitants au contraire, l'immigration plus lointaine était un peu plus importante : quatre fois sur cinq au moins un quart des hommes venaient de plus de 20 km. Les écarts cependant étaient nombreux et les taux enregistrés ne s'inscrivent nullement dans un rapport strictement proportionnel à leur importance respective.

Au niveau supérieur, autour de 6 habitants, les situations respectives de Gap et Montélimar étaient également très différentes : pour les hommes comme pour les femmes, la proportion était de près de huit sur dix pour la première de ces deux villes, d'à peine plus de un sur deux pour la seconde.

Toujours très étroites au niveau le plus élémentaire du tissu urbain, les attractions urbaines échappaient pour les villes moyennes à toute hiérarchie rigoureuse Chacun de ces écarts relevait sans nul doute de raisons multiples qu'il serait vain de prétendre cerner entièrement. De par leur ouverture sur le reste du royaume, les villes rhodaniennes bénéficiaient d'une.

Rouliers, pèlerins, galériens sortis du bagne y côtoyaient en permanence tous ceux que leur cheminement conduisait par la grand-route. Au hasard d'une infortune ou d'un emploi trouvé, une partie de ces passants s'arrêtaient dans les villes qu'ils traversaient pour y mourir ou s'y marier. Beaucoup venaient certes des provinces riveraines, mais beaucoup aussi d'horizons plus lointains.

Les cités à l'écart du grand axe de cheminement rhodanien ne jouissaient pas d'un tel avantage. Même à Romans, les écarts étaient déjà sensibles.

De manière plus nette encore, malgré une population très sensiblement inférieure, les cités rhodaniennes conservaient un avantage notable sur Grenoble pour les hommes comme pour les femmes.

Au-delà de km, l'apport lointain était deux fois plus élevé à Montélimar et à Valence. Dans les zones de montagne, l'endogamie s'accentuait. L'espace de recrutement ne s'ouvrait que dans des circonstances exceptionnelles comme à Die, au début du XVIIe siècle, lorsque la ville faisait fonction de capitale huguenote 18ou à Briançon en raison d'une forte présence militaire et des habitudes de migrations saisonnières lointaines d'une partie des habitants.

On sait qu'ordinairement la distance parcourue par les populations migrantes croît avec la nature de l'emploi qui motive ces déplacements. A cet égard, le caractère dominant des migrations de proximité tenait beaucoup à la place qu'y occupaient presque toujours les activités agricoles.

Là où ces dernières l'emportaient largement, l'espace se rétrécissait considérablement. Gap, le plus rural des six chefs-lieux d'élection de la province, était aussi celui qui recrutait le plus dans son environnement immédiat.

Toujours, les champs migratoires des faubourgs urbains, à Grenoble et Vienne en particulier, étaient d'ailleurs plus étroits que ceux des villes elles-mêmes. Mais le poids des activités agricoles n'était pas seul en cause. Si à Bourgoin, Crest, Pont-de-Beauvoisin, Valence la proportion des hommes venus de plus de kilomètres pour se marier était très sensiblement plus importante au XVIIIe siècle qu'au siècle précédent, et si ceux-ci disposaient souvent d'un savoir-faire particulier, la règle n'était pas générale.

Même à Voiron, où pourtant le considérable développement de l'industrie toilière favorisa l'essor démographique de la cité au cours du XVIIIe siècle, aucune mutation spatiale n'intervint.

C'est dans son environnement immédiat, dans les villages-satellites de son activité de tissage, que le bourg puisait les ouvriers qui formaient la majeure partie de ses nouveaux habitants. A Romans, dont la population il est vrai ne bougea guère au cours du XVIIIe siècle malgré le renouvellement que connut l'artisanat local, c'est même un sensible rétrécissement de cet espace de relations qui peut être observé.

Au XVIIe siècle, la ville, qui était encore la véritable métropole économique de la province, recrutait encore plus augmentation mammaire graisse avant apres que. Un siècle plus tard, ce recrutement lointain avait fondu de près de moitié. La qualification professionnelle n'imposait en définitive un élargissement de l'espace de recrutement que dans quelques cas bien spécifiques : à Briançon pour les militaires d'une part ; à Grenoble et dans les plus importantes des villes rhodaniennes Vienne, Regimes slim data orange, Montélimar d'autre part.

A Briançon, les trois quarts des mariés natifs d'horizons lointains étaient des militaires. L'élargissement des champs migratoires n'y était donc qu'apparent et artificiel non seulement parce que, pour les soldats en activité, la résidence n'était que temporaire, mais aussi parce que ceux qui, retirés après leur temps de service, s'établissaient dans le lieu de leur garnison, n'avaient pas en réalité choisi leur nouvelle résidence qui résultait des hasards de leur ancienne affectation.

A Montélimar et Valence, les militaires étaient également nombreux et ils contribuaient, comme dans le haut Dauphiné, à gonfler d'une manière artificielle ce recrutement lointain. Mais ils n'étaient pas les seuls. Avec eux, et en nombre égal ou sensiblement supérieur, figuraient également de fortes minorités d'artisans qu'attirait la situation rhodanienne mais aussi, au moins à la fin du XVIIIe siècle, les nouvelles activités industrielles imprimeurs à la manufacture d'indiennes de Valence.

Les effectifs restaient cependant modestes et en rapport avec la taille de ces deux cités. Il en allait différemment à Vienne. Là, point, ou presque, de militaires parmi ces mariés d'origine lointaine. Malgré la construction des premières casernes de la province, la ville ne posséda jamais une garnison de manière permanente.

C'est le renouvellement industriel qui fut à l'origine de l'élargissement du champ migratoire. Au début du XVIIIe siècle, c'est à des ouvriers spécialisés, venus parfois de très loin, que firent souvent appel les nouveaux entrepreneurs viennois : ainsi des mineurs allemands, des foulons hollandais. La moitié des ouvriers drapiers non-natifs de la ville qui s'y marièrent entre et venaient d'Alsace, Cambraisis, Champagne, Hainaut, Lorraine, Orléanais. A la fin du siècle, alors que les effectifs de cette population ouvrière avait considérablement augmenté, les "ouvriers en draperie" étaient encore près d'un sur quatre à venir de plus de km, un sur deux chez les tondeurs et friseurs de draps.

L'essor de la ville et la diversification de la demande locale favorisa l'établissement d'un certain nombre d'artisans spécialisés dans des métiers d'art horlogers, ébénistes venus de Normandie et de Franche-Comté. Six des sept perruquiers non-natifs de la ville décédés à l'hôpital entre et venaient eux aussi de Bourgogne, Guyenne, Paris, Picardie deuxTouraine.

Surtout les importants chantiers de travaux publics entrepris dans la ville pour la construction d'un quai le long du Rhône et les alignements systématiques des maisons le long de la grande route de Lyon en Provence attirèrent de très nombreux ouvriers du bâtiment : charpentiers, marbriers, et surtout maçons et tailleurs de pierre.

Les trois quarts de ceux qui se marièrent entre et venaient d'Auvergne ou du Limousin. L'analyse des registres hospitaliers de sépultures, quoique souvent moins précis, confirme le mouvement. A Grenoble, la situation était très différente. Comme dans toutes les villes où furent établies des garnisons permanentes au cours du XVIIIe siècle, les militaires. Par ailleurs, à la différence de la situation rencontrée à Vienne, les secteurs les plus dynamiques de l'artisanat local ne contribuèrent nullement à élargir le champ migratoire de la cité.

Les autres venaient presque toujours des environs proches. La confection des gants était un art local dans lequel les immigrants ne parvenaient que très exceptionnellement à s'intégrer. Mais dans tous les cas, presque tous étaient originaires de moins de 50 km et rares étaient ceux venus de provinces lointaines.

C'est bien davantage la consommation induite par le poids démographique de la ville et la richesse de ses élites qui attirait à Grenoble des travailleurs venus d'horizons lointains. Les maçons d'Auvergne et du Limousin y croisaient leurs confrères du Languedoc, du Quercy, du Poitou, du Berry, de Bourgogne ou d'Alsace et ils étaient aussi nombreux que ceux des environs immédiats de la ville.

L'horizon s'élargissait également dans les activités de service et plus encore pour tous les métiers d'art. La moitié des perruquiers non-natifs douze sur vingt- quatre venaient de l'extérieur de la province. La proportion était de un sur trois pour tous ceux qui relevaient du monde de la domesticité, mais bien plus importante pour ceux qui avaient une qualification supérieure, voire une véritable spécialisation, et étaient majoritairement employés par les familles nobles, parlementaires ou à l'évêché comme maîtres d'hôtel, intendants, secrétaires, suisses à l'Intendance et venus de Fribourgcochers ou cuisiniers cinq picards.

Cet élargissement géographique était plus net encore pour les métiers d'art, ou certains services spécialisés. Ainsi ont été identifiés parmi les hommes non-natifs de Grenoble qui s'y marièrent entre et : trois doreurs de Paris, Turin et de Lorraine ; cinq peintres dont un seul dauphinois et les autres d'Italie 2du Comtat et de Munich ; trois paumiers de Turin, Dijon et Montpellier ; deux ébénistes de Strasbourg et de Roermond en Gueldre ; un coutelier de Langres ; quatre imprimeurs dont trois d'Avignon, de Languedoc et de Cambrai ; deux maîtres de danse du Languedoc et de Fribourg-en-Brisgau ; trois fourbisseurs et taillandiers de Saint-Etienne ; un ouvrier en faïence de Moustier.

L'analyse des registres hospitaliers, des registres de passeports ou des avis des Affiches dans des dernières décennies du XVIIIe siècle fournissent des indications comparables.

Naturellement, tous ceux qui venaient à Grenoble ne s'y établissaient pas de manière définitive. Les registres de passeports précisément dressent la liste de ces échecs Au moins, même si leur tentative n'avait pas été couronnée de succès, avaient-ils bien souvent fait volontairement le déplacement jusque dans la capitale provinciale, attirés par l'espoir qu'une ville de Parlement pourrait permettre à leurs talents de s'employer.

La situation grenobloise était malgré tout exceptionnelle en Dauphiné. Avec elle, seule Vienne constitua véritablement au cours du XVIIIe siècle un pôle d'attraction en raison du développement de la draperie et des chantiers publics.

Pour ces deux villes seulement, le pouvoir d'attraction pouvait dépasser effectivement une centaine de kilomètres. Ailleurs, à Montélimar, à Valence notamment, ces établissements y étaient davantage le résultat des hasards d'un cheminement, ou, comme à Briançon, d'une ancienne affectation militaire, que celui d'un véritable choix qui ne s'exerçait réellement que pour quelques personnes isolées.

Ne nous laissons pas abuser cependant. Même à Grenoble, ces arrivées lointaines étaient avant tout des successions d'itinéraires individuels. Seuls les espaces proches étaient véritablement structurés par la présence citadine. Il convenait de s'interroger sur la manière dont s'articulaient ces différents espaces de recrutement, et de savoir si les villes principales Grenoble surtout parvenaient à les unifier à leur profit.

Dans un premier temps, on carriage rides cincinnati banalement que jamais les espaces de recrutement citadin ne se distribuaient de manière géographiquement régulière. L'observation ne saurait surprendre. Dans la plaine normande, J. Perrot avait ainsi déjà souligné que "la densité et l'importance des foyers de départ ne se disposaient pas selon une loi régulière d'éloignement 21 ".

A tous les échelons de la hiérarchie urbaine, la pertinence du jugement s'impose. Plusieurs facteurs se conjuguaient inégalement pour accuser les déformations de ces espaces migratoires : les contraintes imposées par les barrières administratives ou les conditions naturelles d'une part ; la concurrence qui existait entre les centres proches d'autre part.

La situation frontalière du Dauphiné autant que ses particularismes administratifs opposaient tout d'abord une série d'obstacles à la circulation des hommes. Sans doute, ni la frontière avec la Savoie ou le Piémont, ni le Rhône n'étaient infranchissables. Mais ils constituaient cependant un frein réel. A l'est, seul Pont- de-Beauvoisin, à cheval sur la frontière, puisait une partie importante de ses mariés dans les communautés savoyardes.

Dans la vallée de l'Isère au contraire, la frontière formait une véritable ligne de rupture pour le recrutement grenoblois. Au-delà des bourgs et villages frontaliers, aucune communauté savoyarde n'envoyait plus de une ou deux personnes tous les dix ans se marier dans la capitale dauphinoise.

De manière moins nette, la fermeture du Montgenèvre en semble également avoir contribué à couper partiellement Briançon de ses escar- tons transalpins. Dans le sud de la province enfin, la situation était plus complexe en raison des nombreuses enclaves et de la double nature de la frontière intérieure avec la Provence, étrangère avec l'enclave de Valréas. Son rôle surtout y est plus difficile à analyser en raison de la forte concurrence qui s'y manifestait entre les nombreux petits centres urbains.

Le Rhône, pour sa part, formait une barrière plus administrative que naturelle. En l'absence d'un pont entre Lyon et le Pont-Saint-Esprit, les nombreux bacs pouvaient suffire pour la circulation piétonnière. Mais le fleuve marquait la limite entre le royaume et le Dauphiné, réputé terre étrangère.

La coupure administrative n'était pas sans conséquences. Les manufacturiers dauphinois en particulier répugnaient à distribuer du travail sur la rive droite en raison des droits de douane qu'ils devaient payer, et il est vraisemblable qu'une telle impossibilité rejaillissait sur les habitudes de déplacements.

Dans le nord de la province, le bassin démographique de Crémieu ne franchissait ansi que très exceptionnellement le fleuve pour déborder sur le Bugey ou la Bresse. Pour toutes les cités de la bordure occidentale du Dauphiné, les relations étaient plus nombreuses, mais l'espace ordinaire de recrutement ne dépassait pas le plus souvent les seules communautés riveraines du Lyonnais ou du Vivarais.

Des contreforts montagneux, les arrivées restaient au. A distance égale, les foyers de départ dauphinois fournissaient toujours des contingents beaucoup plus importants de mariés. A l'intérieur de la province, les différentes rivières ne formaient au contraire nulle part une barrière comparable.

Ni la Drôme, ni l'Isère, ni la Durance ne s'opposaient à l'extension des champs migratoires des cités riveraines. Bien plus que les rivières, la présence de la montagne contribuait à modeler les bassins démographiques, particulièrement dans toute la partie méridionale et orientale de la province. Le déterminisme du relief n'était certes pas absolu. Nulle part, sauf en période hivernale, la montagne ne formait un obstacle réellement infranchissable.

L'espace de Die débordait ainsi largement de la haute vallée de la Drôme pour s'étendre sur tout le Vercors méridional, sur les contreforts orientaux du massif et une partie du Trièves. De même l'espace briançonnais s'étendait-il en partie au- delà du Montgenèvre ou du col de l'Izoard sur le Queyrastandis qu'au nord de Gap, le col Bayard ne formait nullement une barrière infranchissable. Les contraintes du relief imposaient cependant aux bassins démographiques leurs formes dominantes, particulièrement pour celui de Grenoble qui s'étirait le long des vallées de l'Isère et du Drac.

A une toute autre échelle, ces mêmes contraintes physiques se faisaient également sentir dans toutes les zones découpées du sud de la province où les bassins démographiques de nombreuses petites cités s'inscrivaient nettement dans des espaces géographiques bien délimités par la nature.

La présence ou l'absence d'un autre centre urbain proche contribuait elle aussi fortement à modeler les formes et l'inégale extension des bassins démographiques. Poussou, les bassins démographiques et plus généralement les zones d'attraction sont presque imperméables les uns aux autres, ce qui explique bon nombre de déformations des bassins démographiques ou aires d'attraction, déformations qui viennent s'ajouter à celles nées de la géographie, et parfois s'expliquer par elles L'effet de taille jouait peu et chacune des villes était en concurrence directe avec ses voisines.

Il en résultait de manière dominante une succession d'espaces juxtaposés dont les recoupements n'étaient que marginaux. Même les localités les mieux dotées administrativement ne disposaient que d'avantages incertains.

D'une manière générale d'ailleurs, la comparaison entre les limites des bailliages et celles des bassins migratoires fait partout apparaître de fortes distorsions. Il en résultait que, pour beaucoup de ruraux, se rendre au chef- lieu de la juridiction restait un déplacement qui n'entrait pas dans le champ des relations ordinaires. Les limites des subdélégations étaient à peine mieux proportionnées, témoignant tout à la fois des tâtonnements de l'administration dans leur mise en place, et de la médiocre hiérarchisation du tissu urbain dauphinois.

En définitive, trois types d'organisation des espaces migratoires peuvent être distingués. Toujours dominante, la juxtaposition l'emportait nettement dans toutes les zones accidentées de la province où les difficultés du relief se conjuguaient avec les faibles densités démographiques. Dans la Matésine, le Trièves, le Diois, le Briançonnais, l'Embrunais, le Gapençais, la vallée du Buëch, les Baronnies, les différents espaces démographiques étaient quasiment imperméables les uns aux autres.

Dans la vallée du Rhône, les effets de répulsion jouaient également entre les nombreuses cités, dauphinoises comme provençales, vivaroises ou comtadines. Mais la forte densité du tissu urbain favorisait aussi des chevauchements partiels. De la vallée du Grésivaudan aux plaines du bas Dauphiné au contraire, Vienne et surtout Grenoble, en raison de leur importance démographique, parvenaient à déborder sur les espaces migratoires des cités voisines.

Les deux villes parvenaient ainsi à unifier à leur profit une partie de l'espace provincial, à l'exception des terres dauphinoises les plus septentrionales soumises à l'attraction lyonnaise.

Ces deux villes étaient aussi les seules à drainer avec régularité un flux d'immigration urbaine en leur faveur. Alors que même dans les plaines valentinoises et montiliennes où les chevauchements des bassins démographiques étaient fréquents, les échanges humains entre les villes étaient rares, Vienne et Grenoble avaient, vis-à-vis des autres cités, une position nettement dominante, le mouvement migratoire étant très déséquilibré en leur faveur.

Rares en effet étaient les Grenoblois et les Viennois qui allaient se marier dans des villes ou des bourgs plus petits. Ceux-ci fonctionnaient au contraire comme autant de relais qui permettaient aux deux villes principales d'étendre leur contrôle sur le plat pays au-delà des limites étroites de leurs bassins démographiques, formant, selon la formule d'A. Poitrineau, "un réseau de points nodaux Le système cependant était très imparfaitement hiérarchisé.

Rien de comparable là au modèle aquitain où, par l'intermédiaire de ces relais, Bordeaux parvenait au XVIIIe siècle à unifier très largement l'espace humain La capitale n'exerçait qu'un modeste effet d'aspiration sur les habitants des villes et bourgs qui ne se trouvaient pas dans les limites guinot serum anti rides opiniones de son bassin démographique.

Des cités les plus importantes de la province, les arrivées étaient peu nombreuses : pas plus d'un homme candidat au mariage tous les deux ans en provenance de Bourgoin, La Côte-Saint-André, Saint-Marcellin, Romans, Valence, Crest, Gap, Embrun. Seuls les Viennois étaient mieux représentés. Mais les habitants de Crémieu, de Briançon et surtout des cités les plus méridionales de la province étaient quasiment absents.

La capitale provinciale ne bénéficiait ainsi que très imparfaitement du relais que constituaient les petites villes. Son poids démographique, la diversité de ses fonctions n'étaient pas tels qu'ils puissent leur permettre de drainer vers elle toutes les ambitions.

Les qualifications professionnelles soulignent la faiblesse de cette attraction grenobloise sur les élites urbaines provinciales. Le monde de l'artisanat y était presque aussi représenté que le secteur tertiaire qui ne l'emportait pas de manière massive Les plus concernés étaient sans conteste les hommes de loi et d'une manière générale tous ceux dont l'activité était liée à l'exercice du pouvoir.

Pour tous, l'ascension sociale était à ce prix. Pour les élites marchandes au contraire, Grenoble avait moins de mérites. Sans doute, pour elles aussi, l'établissement dans la capitale provinciale offrait une perspective d'élargissement des affaires.

Mais Grenoble n'était pas Bordeaux, et des perspectives souvent plus rémunératrices s'ouvraient aux négociants dans d'autres villes aux portes de. Marseille, Lyon mais aussi Turin ou Genève, avec le refuge huguenot, formaient des pôles d'attraction bien plus forts.

Les travaux de Charles Carrière ont notamment illustré le rôle joué par la première de ces villes qui comptait parmi les plus importants de ses négociants une forte colonie dauphinoise Les milieux du négoce n'étaient d'ailleurs pas seuls concernés par l'appel de ces grandes cités. Les travaux de M. Garden, M. Vovelle et A. Perrenoud nous ont enseigné l'intensité et la permanence des courants migratoires qui attiraient vers Lyon, Marseille et Genève, pour des raisons économiques ou religieuses, les populations dauphinoises On pourrait ajouter à ces villes celle de Turin qui, depuis le Moyen Âge, attirait les habitants du Briançonnais.

Face à une force centrifuge qui l'emportait dans bien des cas, Grenoble avait le plus grand mal à s'imposer, démographiquement, comme une véritable capitale. Cette incapacité de Grenoble n'était en réalité que l'une des facettes des difficultés que la ville rencontrait pour imposer sa prééminence dans la province.

A l'image de cet espace démographique éclaté, l'examen des relations économiques, culturelles ou politiques qu'entretenaient entre elles les villes du Dauphiné nous conduirait très loin des différents modèles théoriques d'organisation de l'espace. Le système urbain n'y avait, en particulier, que peu de points communs avec la théorie des places centrales de Christaller.

Loin de s'organiser en un véritable réseau urbain, la province se fragmentait en plusieurs ensembles juxtaposés, eux- mêmes plus ou moins bien hiérarchisés. A côté des espaces grenoblois et viennois, la fragmentation l'emportait partout autour de cités d'importance démographique souvent comparable, et dont aucune ne parvenait à imposer une prééminence qui soit à la fois économique, administrative, religieuse et culturelle.

Les relations entre ces villes, toujours irrégulières, reposaient davantage sur la concurrence que sur la complémentarité, tandis qu'au sommet de la hiérarchie, les forces centrifuges, particulièrement celles exercées par la métropole lyonnaise, ajoutaient leurs effets perturbateurs et empêchaient Grenoble de jouer pleinement son rôle de capitale provinciale.

Enfin, ce sont ces territoires qui connaissent ces dernières décennies la croissance démographique et économique la plus vigoureuse Insee,faisant apparaître dans ces territoires des enjeux économiques cruciaux.

En effet, on reproche à cette approche de minorer le pluralisme des agendas municipaux, qui mêlent souvent les objectifs de compétitivité et de cohésion sociale et ne sont donc pas seulement la caisse de résonance des intérêts du patronat local Le Galès, a. Or, le pluralisme des agendas municipaux est relativement limité dans le périurbain. Par ailleurs, une critique des approches centrées sur les coalitions avec les acteurs économiques réside dans le constat que les politiques urbaines ne se contentent pas de soutenir la production des entreprises, les villes étant tout autant des lieux de consommation, particulièrement de services publics.

Nickelodeon universe rides coupons projet immobilier est donc de très grande ampleur. Il fait contraste avec la taille des communes concernées et leur caractère périphérique. Sénart est donc un territoire singulier dans le paysage des grandes périphéries franciliennes. Deux principaux temps ressortent dans le développement logistique de Sénart. La CCVB a été créée en pour porter son développement. Une explication simple peut-être avancée.

La CCVB étant peu peuplée, le chômage ne constitue pas un problème crucial pour ces collectivités. Les élus ne craignent pas non plus les nuisances liées aux flux de poids-lourds. Or, cette période était aussi celle du fort développement des activités logistiques en France, contrastant avec le processus de désindustrialisation. Ces activités sont apparues comme une opportunité inespérée de faire venir des entreprises dans un contexte difficile.

La spécialisation logistique du territoire est de plus en plus critiquée. Au milieu des annéesun agriculteur en liquidation judiciaire vend ses terrains ha à Prologis. Cette privatisation rencontre ainsi paradoxalement les exigences exprimées à ce moment par les élus. La question logistique est également structurante pour les autres politiques menées par ces collectivités.

Elle est appréhendée comme la condition des politiques sociales et culturelles de la CCVB. A Sénart, les emplois apportés par la logistique doivent permettre de poursuivre le développement résidentiel de la ville nouvelle.

En ce sens, ces agendas ne sont pas les fruits de coalitions public-privé, contrairement aux modèles des régimes de développement et des coalitions de croissance. La CCVB ne détient que les ressources légales indispensables à la réalisation du projet. Dans ces deux cas, une coalition avec des acteurs privés est donc incontournable.

Je cherche a perdre du ventre wrap dernières reprochent au projet de sacrifier des zones humides.

Puis un arrangement quasiment privé est trouvé. Lui construisait des bâtiments. Ils sont rapidement occupés par des grands noms de la logistique et emploient maintenant près de personnes. Preuve supplémentaire de la force de ce réseau, il rejoint la direction de PRD en Son successeur est devenu en le directeur du développement du promoteur Nexity-Geprim.

Elle offre donc aux élus un développement économique dont ils peuvent se prévaloir le cas échéant. Cette politisation renvoie à deux mécanismes de montée en généralité. Elle exprime la volonté des élus de mieux contrôler le développement territorial, ce dont nous avons rendu compte dans la partie précédente.

La politisation du développement logistique de Sénart conduit en ce sens à le privatiser en grande partie. Hahn [Président Europe de Prologis] et moi-même. Le soutien du maire est donc précieux pour Prologis. Prologis est le propriétaire 13 et le responsable. Cette dernière constitue le pendant politique du modèle économique du parc logistique Raimbault, Les recettes fiscales de la zone permettent à la collectivité de proposer une offre de transport à la demande, de livraison de repas à domicile, de services pour la petite enfance notamment.

Jiang et al, En effet, ces territoires périurbains constituent des environnements de régulations publiques favorables à de telles stratégies, tout particulièrement parce que la densité institutionnelle y est plus molle et les capacités publiques, plus limitées. Cette coalition est elle aussi exclusivement immobilière et ne concerne pas les entreprises produisant les services logistiques.

Elle partage à ce titre certains traits communs avec celle du Val Bréon. Elle ne prend pas en compte la question de la gestion immobilière à long terme. Ce dernier est le fruit de la planification francilienne. Ce dernier ne disparaît pas, mais est maintenant concurrencé par la coalition formée par Prologis et la commune de Moissy-Cramayel. Ces dernières sont donc implicitement externalisées aux périphéries métropolitaines et à leurs collectivités locales.

Plus précisément, nos deux études de cas donnent à voir un gradient de régimes tendu vers le modèle du parc logistique privé qui cristallise les coalitions public-privé les plus pérennes et imprime la dynamique de privatisation la plus marquée. Le monde de la logistique est donc appréhendé par le seul prisme du gestionnaire immobilier qui, lui seul, a accès à ses locataires et les choisit.

La logistique devient une boîte noire pour les acteurs publics locaux. Afin de faire de Sénart un cluster logistique, le CDT cherche à stimuler un plus grand enracinement territorial des activités logistiques présentes et à les rapprocher du monde de la recherche Toutefois, cette politique métropolitaine pourrait impulser une nouvelle phase pour le régime de Sénart, selon une dynamique à rebours de celle du parc logistique privé.

Lorsque la porte des villes-centres est peu ou prou fermée Le Galès, ades régimes de développement pourraient entrer par la fenêtre du périurbain, territoires conjuguant croissance et faibles capacités publiques. Force est de constater que la question de la compétition est relativement absente du discours des élus de nos études de cas. Il y a donc une relative mise en compétition des territoires par les développeurs et les investisseurs immobiliers, tout comme il y a une concurrence pour le foncier entre les développeurs et les investisseurs immobiliers.

Ce vacuum révèle en fait de profondes discontinuités de gouvernance au sein de la métropole Le Galès, b. Barnekov, T. Beyer, A. Les métropoles fluviales. Brenner, N. Callen, D. Charmes, E. Cidell, J. Dablanc, L.

Davezies, L. Territoires productifs — territoires résidentiels, quelles interactions? La documentation française, Paris. Dormois, R.

Regime cetogene ecart

Guerrero, D.